De nouveaux outils de financement des IMF apparaissent tous les jours, pour répondre aux nouveaux besoins d’IMF plus matures.
Cette section traite des " derniers nés " de ces outils : l’utilisation, en microfinance, d’émissions obligataires et de titrisations. Il s’agit en effet d’opérations financières plus complexes, qui ne peuvent être utilisées que par des IMF plus matures, et qui impliquent un plus grand nombre de partenaires financiers, avec une technicité plus grande.
L’objectif de cette section est de donner une première connaissance de ces produits, en présentant les premières opérations réalisées en microfinance dans ce domaine.
La section est structurée en trois points :
En fin de section, dans " Pour en savoir plus " sont indiqués des documents et ressources en ligne sur ce thème spécifique.
1. Des instruments encore peu répandus en microfinance
Les IMF se tournent de plus en plus vers les marchés financiers pour accéder à d’autres sources de financement à long terme. Lorsqu’elles sont suffisamment reconnues, et financièrement solides, elles peuvent y parvenir en émettant des obligations, ou en recourant à la titrisation.
Les émissions d’obligations réussies de quelques IMF très matures ont beaucoup fait parler d’elles, mais restent encore rares. Les opérations de titrisation, quant à elles, sont plus récentes et encore moins fréquentes.
Le manque de recul sur l’utilisation de ces instruments en microfinance fait que peu d’éléments de comparaison sont disponibles, sur leur coût notamment. Ces instruments n’en suscitent pas moins un intérêt croissant sur les marchés financiers.
2. L’émission d’obligations
Une obligation est un titre de créance négociable représentatif d'une fraction d'un emprunt émis par une entreprise (par exemple, une IMF).
En tant que créancier d'une entreprise, le porteur d'une obligation ne court pas le risque industriel de celle-ci puisque sa rémunération est contractuelle. Il sera remboursé avant les actionnaires en cas de faillite de l'entreprise. En contrepartie, il ne bénéficie pas des droits sociaux liés à l'action (droit au bénéfice et droit à la gestion de l'entreprise via le droit de vote).
Les émissions d’obligations par les IMF deviennent plus courantes. Plusieurs réussites récentes d’émissions obligataires en microfinance ont d’ailleurs suscité beaucoup d’intérêt parmi les investisseurs, les banques et les IMF.
L’intérêt des obligations pour les investisseurs réside dans le fait qu’il s’agit d’emprunts pouvant être vendus plus facilement à un autre investisseur au lieu d’être conservés jusqu’à leur échéance. Les banques achètent souvent des obligations également pour cette raison. En outre, les obligations ne requièrent pas de l’investisseur qu’il réalise une évaluation de l’emprunteur comparable à celle qu’une banque entreprend avant d’octroyer un prêt direct. Les acheteurs d’obligations se contentent souvent de consulter les notations disponibles (ratings).
En ce qui concerne les IMF, l’accès aux marchés des obligations permet l’emprunt auprès de sources institutionnelles et présente l’avantage de pouvoir attirer des capitaux à long terme et des sommes plus élevées, de bénéficier de conditions plus favorables et de toucher de nouveaux investisseurs.
Néanmoins, les émissions obligataires en microfinance restent rares, car de nombreuses contraintes existent encore :
- Les investisseurs sur le marché des capitaux se cantonnent fréquemment aux instruments émis par des institutions financières réglementées et très reconnues, et tendent à percevoir la microfinance comme un secteur risqué. Par ailleurs, les marchés de capitaux et d’instruments financiers nationaux restent encore peu développés.
- Peu d’IMF disposent de structures de propriété et de gouvernance adéquates pour le financement d’obligations. Il est impératif pour l’IMF d’avoir une structure financière très solide et une notation financière, pour convaincre les investisseurs. Seules les IMF les plus solides sont donc en mesure d’émettre des obligations.
- Pour obtenir un prêt bancaire, il suffit de convaincre une seule banque d’octroyer un crédit. En revanche, un emprunt par le biais d’une émission obligataire suppose la vente d’obligations à un grand nombre d’investisseurs, essentiellement des investisseurs institutionnels (compagnies d’assurance, des fonds de pension ou fonds communs de placement). Un plus grand nombre d’informations doivent être diffusées afin d’améliorer suffisamment la confiance que ce groupe d’investisseurs place dans l’emprunteur.
- Les investisseurs qui achètent ces obligations réalisent également que les opportunités de négociation sont limitées : la demande restant généralement faible pour les émissions des IMF, celles-ci s’avèrent globalement peu liquides. A cela viennent s’ajouter d’autres contraintes, notamment le volume relativement restreint et le manque d’options de placement.
- Etant donné que les revenus des IMF proviennent de portefeuilles de prêts non garantis, leurs émissions obligataires doivent généralement s’accompagner de systèmes de garanties par les banques publiques, les banques de développement ou les bailleurs de fonds.
Bien qu’il s’agisse encore d’une pratique marginale, ces émissions d’obligations devraient à terme se développer, et offrir une solution supplémentaire de financement en monnaie locale pour les IMF les plus matures.
Voici quelques-unes des émissions d’obligations les plus significatives placées récemment. Emission d’obligations par FAULU KENYA pour un montant de 7 millions de dollars US (Nairobi, mars 2005). La Stanbic Bank Kenya Limited et sa société mère, la Standard Bank of South Africa ont souscrit une émission à cinq ans d’un montant de 500 millions de shillings kenyans, garanties à hauteur de 75% par l’AFD (Agence Française de Développement). Le produit de la vente de ces obligations a été consacré au développement des activités. Cette émission permet à Faulu Kenya de se constituer un historique solide qui lui sera précieux lorsqu’elle devra de nouveau solliciter des financements sur les marchés de capitaux.
Source : UNCDF & UN DESA, Building Inclusive Financial Sectors for Development, 2006.
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3. La titrisation
La titrisation (securization en anglais) est un montage financier qui permet à une société d'améliorer la liquidité de son bilan.
Techniquement, des actifs sélectionnés en fonction de la qualité de leurs garanties sont regroupés dans une société ad hoc qui en fait l'acquisition, en se finançant par l'émission de titres souscrits par des investisseurs. L'entité ainsi créée perçoit les flux d'intérêts et de remboursement sur les créances qu'elle a achetées aux banques et les reverse aux investisseurs via le paiement d'intérêts et le remboursement de leurs titres. Initialement, cette technique a été utilisée par les établissements de crédit dans le but de refinancer une partie de leurs encours, c'est-à-dire transformer en titres négociables des prêts à la clientèle. Cette technique s’est étendue aussi à des groupes industriels pour titriser des créances commerciales de façon récurrente, titriser des immeubles d'exploitation, stocks... en bref de rendre liquide presque tout le bilan.
Plus récentes que les émissions d’obligations, les opérations de titrisation en microfinance sont encore moins fréquentes.
Les banquiers hésitent en effet à titriser les actifs des IMF du fait de la taille relativement petite des transactions par rapport aux coûts de structuration élevés, de la difficulté de trouver un administrateur de remplacement, et surtout du nombre limité d’investisseurs pour ce type de titres.
Un exemple de titrisation en microfinance : Blue Orchard Microfinance Securities
Début 2005, Blue Orchard a finalisé une ligne de crédit à long terme générée par l’Overseas Private Investment Corporation (OPIC), et destinée aux IMF.
Blue Orchard s’est associée à une société financière spécialisée, Developing World Markets (DWM), pour réaliser une titrisation.
Deux sociétés financières dédiées ont été créées par DWM et Blue Orchard : Blue Orchard Microfinance Securities I, ou BOMFS I (en juillet 2004) puis Microfinance Securities II (en février 2005). Ces deux sociétés financières offrent des prêts d’une durée cinq à sept ans. La valeur totale de ces prêts s’élève à 92 millions de dollars US.
Pour prendre l’exemple de BOMFS I (environ 40 millions de dollars US), le fonctionnement est le suivant. L’objectif, en créant la structure BOMFS I, est d’émettre des titres de créance et des titres participatifs destinés aux investisseurs américains. En parallèle, BOMFS I accorde des prêts aux IMF, ces prêts venant en garantie pour les titres. Blue Orchard initie et gère les investissements effectués à l’aide des produits. BOMFS I a ainsi permis en 2004 d’émettre des prêts à destination de 9 IMF en Amérique Latine (Bolivie, Colombie, Equateur, Nicaragua), au Cambodge et en Russie.
Les investisseurs en capital dans BOMFS I ont été DWM, BlueOrchard, Grameen Foundation USA, Omidyar Network Fund LLC et la Skoll Foundation.
Les titres de créance émis par BOMFS I sont divisés en quatre séries de titres à taux fixe, avec une échéance de 7 ans : une série senior, et trois séries subordonnées. L’OPIC, une agence du gouvernement des Etats-Unis, garantit la série senior, soit environ 75 % du total. Source : DW Markets et UNCDF & UN DESA (voir “ Pour en savoir plus ”).
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Pour en savoir plus :
En anglais (devrait être sous peu disponible en français) :
En anglais
Pour se renseigner sur les opérations récentes d’émissions obligataires ou de titrisation, il faut consulter les lettres d’information en anglais concernant les nouveaux " marchés de capitaux " de la microfinance : Lettre d’information produite par le CGAP, permet d’obtenir non seulement des informations sur les dernières opérations / transactions en microfinance, mais aussi d’accéder à des données sur les nouveaux fonds dédiés en microfinance, ou sur le volume d’investissement dans le secteur. Lettre d’information spécifiquement sur l’investissement en microfinance. Ce bulletin mensuel informe notamment sur l'actualité des investissements en microfinance. |

