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8. Quelques recommandations aux IMF

Un nombre croissant d’IMF s’intéresse à la micro-assurance : les IMF dans ces nouveaux produits la possibilité de mieux servir la demande de leurs clients, de fidéliser ces derniers, et en protégeant leurs emprunteurs contre divers aléas, de réduire leur propre risque.

Si une IMF veut se lancer en micro-assurance, il lui est néanmoins conseillé la prudence : car l’assurance est un domaine technique et complexe, et c’est avant tout un métier fondamentalement différent du métier bancaire.

Plusieurs manuels et outils ont donc développés par le secteur de la microfinance, à la fois pour mettre en garde les IMF contre les risques de la micro-assurance, et pour aider à suivre les étapes pour une bonne définition d’un produit.

Cette section reprend les principaux éléments de ces documents de référence, auxquels on pourra se reporter pour plus de détails (Voir «Pour en savoir plus», en fin de section), en abordant les quatre questions suivantes :

1). L’assurance est-elle le bon service à mettre en place ?

2). Quelles compétences et moyens spécifiques faut-il avoir ?

3). Quelles conditions préalables vérifier ?

4). Faut-il externaliser l’activité d’assurance ?


1. L’assurance est-elle le bon service à mettre en place ?

Voilà la première question que doit se poser l’IMF. En effet, deux autres produits classiques de microfinance peuvent permettre aux clients des IMF de gérer un risque (ou « sinistre ») :

  • les comptes d’épargne à vue, à partir desquels le client peut retirer une somme pour faire face à des problèmes économiques.
  • les prêts d’urgence, pour faire face à un risque occasionnel, de faible intensité.

La pertinence d’un produit d’assurance n’est claire que si l’épargne et les prêts d’urgence ne sont plus suffisants. Cela dépend de deux facteurs : l’importance du sinistre et la probabilité du sinistre.

    • Si le préjudice potentiel (ex : perte d’argent pour une famille) est très important, mais sa probabilité faible, l’assurance est sans doute une réponse adéquate. En effet, grâce au principe de mutualisation des risques entre de nombreux individus, le produit d’assurance peut offrir un remboursement adapté, avec des montants nettement plus élevés.
    • Mais si au contraire, le préjudice est faible, alors l’épargne ou le prêt d’urgence peuvent être davantage adaptés (Brown et Churchill, 1999). . C’est aussi le cas lorsqu’il s’agit d’un événement prévu (naissance, frais scolaire, dot), que la famille peut anticiper.

Il n’est donc pas toujours utile, ni nécessaire pour une IMF, de développer de produits d’assurance en complément de ses services d’épargne et de crédit.

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2. Quelles compétences et moyens spécifiques faut-il avoir ?

Une fois la décision d’introduire un produit d’assurance prise, l’IMF doit s’assurer qu’elle est en mesure de le proposer.

Il existe en effet des compétences techniques spécifiques au métier de l’assurance :

  • Définition de tarifs réalistes : quel est le montant que doit payer l’assuré (la « prime ») ? A quelles prestations cela donne-t-il droit ? Le produit sera-t-il in fine rentable ?
  • Anticipation des coûts administratifs et des indemnisations ;
  • Critères d’admissibilité des assurés (par exemple, assure-t-on des individus, ou des familles entières ?) ;
  • Prévention des fraudes ;
  • Vérification des demandes d’indemnisation.

Par ailleurs, les services d’assurance sont pour les ménages pauvres beaucoup moins attractifs que des services financiers, crédit en particulier. Il faut un minimum d’effet de ‘démonstration’, et des techniques ‘marketing’ spécifiques, pour convaincre les assurés potentiels – ce qui peut être assez décourageant pour des agents de crédit formés exclusivement à la microfinance. D’autant qu’en général, il n’existe pas de formation locale adaptée permettant de maîtriser ces aspects techniques.

De plus, l’activité d’assurance exige la constitution de réserves complémentaires, pour préserver l’assureur de demandes d’indemnisation anormalement élevées ; or les IMF ont des réserves limitées. Il est également rare que des possibilités de réassurance soient ouvertes à ce stade aux IMF, peu connues des rares assureurs de la place (qui n’excluent cependant pas de s’intéresser à ce marché à terme).

Une autre difficulté est que la gestion de la trésorerie et des placements réalisés après collecte des primes est essentielle en assurance ; or si les IMF ont besoin de capitaux, en revanche les crédits ne sont pas des investissements suffisamment liquides en cas de sinistres massifs pour la compagnie d’assurance.

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3. Quelles conditions préalables vérifier ?

Lorsqu’une IMF envisage de proposer un produit d’assurance, il lui est donc tout d’abord nécessaire d’analyser attentivement les aspects suivants :

  • Un environnement réglementaire favorable : il est nécessaire d’étudier les dispositions réglementaires qui peuvent influencer l’activité de micro-assurance (dans un certain nombre de pays, il n’est tout simplement pas possible pour les IMF de proposer des produits d’assurance).
  • Des capacités institutionnelles suffisantes : l’IMF a-t-elle les capacités de proposer des produits de micro-assurance ? Il s’agit pour l’IMF d’évaluer correctement sa capacité à s’engager dans un secteur nouveau, ce qui touche à de nombreux domaines : la vente de produits d’assurance répond-elle à la mission de l’IMF ? La rentabilité de l’institution est-elle suffisante pour permettre cet investissement ? Les ressources humaines et les outils internes (système d’information, contrôle) sont-ils adéquats ? Les capacités marketing sont-elles développées ?
  • Une compréhension claire de la demande : même si ce point est toujours difficile à estimer, il est important pour l’IMF de chercher à vérifier 1) que l’assurance, parmi les produits possibles de gestion du risque, est le plus adapté ; 2) qu’il existe une vraie demande pour le produit d’assurance.
  • Une compréhension des concurrents et partenaires potentiels : existe-t-il des partenaires potentiels (compagnies d’assurance par exemple) susceptible d’apporter une expertise à l’IMF ? Le type de service envisagé est-il déjà proposé par d’autres et si oui, à quelles conditions ? Peut-on tirer des leçons d’autres expériences ciblant les personnes à faible revenu ?

De manière générale, une fois ces conditions préalables analysées, il est recommandé pour les IMF souhaitant se lancer en micro-assurance de se limiter à des produits d’assurance simples : assurance vie et assurance invalidité. L’assurance santé est probablement l’un des champs les plus difficiles à maîtriser, et il est déconseillé aux IMF de se lancer dans la vente de ces produits, du moins sans un partenariat solide avec une compagnie d’assurance.

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4.  Faut-il externaliser l’activité d’assurance ? (1)

On l’a vu, la gestion d’un produit d’assurance exige des compétences et moyens spécifiques, qui représentent un investissement important pour une IMF. L’« externalisation » consiste à confier à un tiers la gestion de l’activité d’assurance.

Lorsque l’externalisation fonctionne bien, cette formule peut présenter de réels avantages (BIT, 2004) :

  • L’intérêt pour l’IMF est de pouvoir se concentrer sur ses activités de base, tout en diversifiant ses produits ; le coût d’investissement sur ce nouveau produit est défini clairement ; le lancement du produit peut également être plus rapide.
  • Pour le client, les produits conçus par des professionnels de l’assurance peuvent être plus intéressants et moins chers que ceux développés par les IMF (Brown et Churchill 2000).
  • Pour le partenaire, par exemple une compagnie d’assurance, l’intérêt est de se positionner sur une clientèle qui ne serait pas directement atteignable, grâce au rôle de l’IMF ; d’autres avantages peuvent être induits (améliorer son image).

Plusieurs formes d’externalisation sont envisageables. La plus complète est la première, le partenariat avec un assureur ; il en existe néanmoins d’autres, qui peuvent convenir à certaines IMF :

a. Confier l’activité de micro-assurance à un assureur

Cette option revient à adopter le modèle « partenaire-agent » (voir section « Les différents modèles » de ce dossier thématique).

    • L’IMF est alors un agent d’assurance, et vend des polices au nom de l’assureur, contre une commission. L’IMF est aussi responsable du service après-vente (contrôle des sinistres, présentation des demandes d’indemnités).
    • La compagnie d’assurance, elle, est en charge de toute la définition du produit, gère toute la partie actuarielle et financière, et assume le risque.

Cette solution permet à l’IMF de ne prendre aucun risque. Il faut mentionner en retour les risques de l’externalisation, l’IMF ayant de fait une capacité de contrôle réduite de l’activité : les promesses faites par l’IMF ne sont pas toujours tenues par son partenaire (exemple de SEWA ; BIT 2004). L’impact sur la relation entre l’IMF et sa clientèle peut donc être négatif. Par ailleurs, l’externalisation a un coût : et lorsque l’intérêt stratégique n’est pas évident pour le partenaire, ce coût peut être élevé.

Enfin, il n’est pas forcément évident pour une IMF de trouver un partenaire qui soit à la fois intéressé à cibler cette clientèle (notamment lorsque le marché de l’assurance est encore vaste et la concurrence faible), et qui présente les garanties de sérieux nécessaires ; ni d’établir, sur la durée, de véritables relations de confiance avec ce partenaire. Tout dépend donc du contexte et de la capacité de monter un tel partenariat ; et bien sûr de la complexité des produits d’assurance envisagés.

Dans ce type de modèle, le choix du partenaire, et la bonne entente entre les deux parties, sont donc les éléments clés d’un bon fonctionnement.

b. Externaliser le risque en créant un portefeuille d’assurance au sein de l’IMF

L’IMF achète alors une police qui protègera son portefeuille de prêts contre le décès des emprunteurs. L’IMF se décharge donc de toutes les activités d’assurance, et n’a qu’à confirmer le décès.

Cette solution permet à l’IMF de limiter le risque sur son portefeuille de prêt. En revanche, elle n’offre qu’une protection très limitée aux clients de l’IMF – il ne s’agit donc pas réellement d’une formule qui permet à l’IMF de proposer des produits d’assurance. Par ailleurs, les clients peuvent réagir négativement à l’obligation d’acquérir une police d’assurance pour accéder au crédit, si c’est obligatoire.

c. Externaliser par une entité commerciale distincte

Il s’agit de créer une filiale ou société distincte, à qui l’IMF confie ses activités d’assurance. Le partage des tâches et responsabilités est ensuite le même que dans le premier cas de partenariat avec une compagnie d’assurance. L’intérêt, par rapport au partenariat avec une compagnie d’assurance, est potentiellement d’avoir une convergence d’intérêt et des liens plus forts (capitalistiques, notamment).

L’IMF est, là aussi, déchargée du risque. Cette option peut convenir à des IMF de taille conséquente, si l’environnement réglementaire les y autorise. SEWA, en Inde, a envisagé cette option mais n’a pu la réaliser pour des raisons réglementaires (montant du capital minimum pour la création d’une coopérative d’assurance très élevé).

d. Externaliser le risque par la réassurance

La réassurance, c’est un service d’assurance, mais pour les compagnies d’assurance.

Avoir recours à la réassurance permet à l’IMF, si elle veut proposer directement des produits d’assurance, de limiter le risque. Elle peut notamment limiter son exposition à des risques covariants (risques climatiques, épidémie).

Le réassureur joue également un rôle d’assistance technique et de supervision, car il a tout intérêt à ce que l’IMF, si elle est cliente, gère correctement son produit d’assurance et dispose des moyens de prévenir les principaux risques (antisélection, risque moral, fraude – voir section "Glossaire synthétique" pour une définition de ces termes). Le réassureur évaluera également la solidité institutionnelle de l’IMF, ses politiques et procédures, son exposition au risque et sa capacité à gérer le risque.

La police de réassurance la plus adaptée à une IMF est la réassurance en excédent de pertes : le réassureur prend en charge les sinistres, au-delà d’une somme déterminée d’avance.

La difficulté est que les micro-assureurs non agrées ont rarement accès au marché de la réassurance. Il est possible en revanche pour l’IMF d’établir un partenariat avec une compagnie d’assurance formelle, qui accepte de jouer le rôle de réassureur.

e. Externaliser des activités d’assurance spécifiques

Dans cette option, l’IMF confie à un cabinet de consultants ou à une compagnie d’assurance quelques fonctions récurrentes, qu’elle ne souhaite pas gérer directement.

Par exemple :

  • la souscription peut être réalisée par un assureur,
  • la tarification peut être confiée à un actuaire,
  • le contrôle interne peut être réalisé par un cabinet d’audit, qui peut concevoir le système de contrôle interne,
  • la perception des primes et le paiement des indemnités peuvent être traités par une banque,
  • la gestion (y compris l’archivage et l’analyse) des données peuvent être confiées à une société spécialisée en gestion de l’information,
  • les études de marché peuvent être confiées à des consultants spécialisés.

Cela peut être une externalisation temporaire, jusqu’à ce que l’IMF ait acquis la compétence nécessaire pour gérer elle-même ces aspects. Là encore, la qualité et les compétences du partenaire sont décisives. 


(1) Sur cette partie, lire pour référence "L’assurance et les institutions de microfinance : Guide technique pour le développement et la prestation de services de micro-assurance", OIT, 2004.

 

Pour en savoir plus :

 

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