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7. La réglementation

Dans les pays industrialisés, la réglementation est d’autant plus vigilante que l’assurance est un secteur essentiel dans la structuration économique et sociale d’un pays.

Dans les pays en développement, la faible pénétration de l’assurance et la spécificité de la micro-assurance ont conduit certaines instances gouvernementales et de réglementations à réfléchir sur l’adoption de normes spécifiques à la micro-assurance.

L’objet de cette section thématique est de revenir sur :

1. Les principes de réglementation en matière d’assurance

2. Les fondements d’une réglementation spécifique à la micro-assurance

3. Le rôle des instances de régulation dans le développement du secteur


1. Les principes de réglementation en matière d’assurance

De manière générale, un Etat, lorsqu’il met en place une réglementation du secteur de l’assurance, vise à :

  • Protéger les intérêts des souscripteurs et des assurés en imposant des règles strictes de solvabilité, vis à vis des compagnies d’assurance. Ceci afin d’éviter le non respect des engagements des assureurs (prestations) à l’égard des assurés (qui ont payé leur cotisation) ;
  • Protéger les intérêts des souscripteurs vis-à-vis d’éventuelles fraudes ;
  • Faciliter le développement du secteur de l’assurance, en améliorant les conditions d’accès des populations vulnérables à l’assurance.
Le premier objectif de l’Etat est donc de protéger l’assuré ; l’autorité de contrôle des sociétés d’assurances joue à ce titre un rôle de représentation des intérêts des assurés.

Cela se justifie par la nature complexe, aléatoire et différée des engagements contractuels de l’assureur (1). Le souscripteur d’un contrat d’assurance ne connaît pas en effet la situation financière de l’assureur ; en signant le contrat, il n’a aucune garantie que la société d’assurances remplira ses obligations : un krach boursier majeur par exemple ne peut jamais être exclu. Par ailleurs, l’assuré ou le bénéficiaire du contrat n’a aucun de moyens de contrôle sur la gestion de la société d’assurances. En d’autres termes, les créanciers de la société sont nombreux, dispersés et souvent mal informés.

Autant d’éléments qui conduisent les instances de réglementations à établir des normes de solvabilité et des contrôles prudentielles drastiques.

Pour réglementer le secteur de l’assurance, il faut :

  • Définir les caractéristiques générales de l’activité d’assurance, 
  • Fixer les obligations et responsabilités des parties (l’assureur, les souscripteurs),
  • Arrêter les conditions d’agrément et de retrait d’agrément des opérateurs d’assurance.

Pour en savoir plus :


(1) Cf. Florence Lustman, Franck Le Vallois, Viviane Leflaive, Olivier Péqueux, Contrôle prudentiel et situation de crise, revue Risques n°48, décembre 2001.

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2. Les fondements d’une réglementation adaptée à la micro-assurance

L’assurance ne concerne qu’une minorité
Alors que l’assurance est massive dans les pays industrialisés (15% de la population mondiale), elle reste encore relativement marginale dans les pays en développement (soit 85% de la population mondiale).

On estime que le taux de pénétration de l’assurance dans les « pays émergents » (zone très large incluant la plupart des pays d’Asie, Amérique Latine, Afrique, Europe Centrale et Moyen-Orient) est de 1,4% (assurance non-vie) à 2,2% (assurance vie), contre 3,8% et 5,1% respectivement dans les pays industrialisés (2).

En Afrique du Sud, premier marché de l’assurance en Afrique et de loin (environ la moitié des primes du continent), on estime que bien que le marché de l’assurance soit bien développé avec un taux de pénétration de 13% en assurance-vie, les assureurs ne couvrent que 10% de la population adulte (3). Dans les pays moins avancés (PMA), la situation est bien évidemment encore plus critique.

Un cadre de l’assurance inapproprié pour la micro-assurance
La plupart des pays du Sud ont, pour diverses raisons, opté pour un Code des assurances proche de celui des pays industrialisés, alors même que la situation est radicalement différente au regard de la densité et du taux de pénétration de l’assurance.

La réglementation actuelle de l’assurance, dans la plupart de ces pays, prévoit en général des dispositions qui font obstacle au développement de la micro-assurance.

En effet :

  • Les fonds propres sont fixés à un niveau trop élevé :
  • Ouganda : 1 million $US
  • Afrique du Sud : 1,2 million $US
  • Inde : 21,2 millions $US.
  • Les réglementations liées à l’activité des distributeurs d’assurance (agents) sont soit trop laxistes, soit trop restrictives.
Vers une réglementation de la micro-assurance
Nombre de systèmes de micro-assurance ont été structurés par des les populations ou les organisations collectives pour pallier l’absence de protection sociale et assurancielle.

Confrontés à un cadre légal et réglementaire de l’assurance inapproprié à leur activité, ils sont encore dans une situation informelle/semi-formelle (sans licence ou agrément officiel) :

  • La plupart des programmes d’assurance informel/semi-formels sont de taille modeste. Les micro-assureurs informels sont souvent favorables alors à une non-intervention des instances de régulation. Telle a été l’approche de nombreuses institutions de microfinance proposant des services d’assurance complémentaires.
  • Il existe cependant des micro-assureurs de taille conséquente (ex : The Great North Burial Society couvrant plus de 20 000 personnes en Afrique du Sud), en dehors du cadre de l’assurance formelle et des réglementations prudentielles (4).

Quelles que soient l’utilité et la légitimité de ces systèmes informels/semi-formels, l’absence de contrôle peut entraîner plusieurs problèmes et risques :

  • Le droit des souscripteurs et des assurés est aléatoire ;
  • L’absence de base actuarielle fragilise la pérennité sur le long et moyen terme des programmes d’assurance ;
  • Nombre de systèmes sont soumis à des obligations de moyens et non de résultats (on indemnise, quand cela est possible et en fonction des cotisations thésaurisées) ;
  • L’absence d’accès à la réassurance implique un risque de ruine, en cas de sinistre covariant  (généralisé) ;
  • La continuité du programme dépend du « fait du prince », l’Etat pouvant à tout moment interdire l’activité.

De plus en plus, les principaux acteurs du secteur, bailleurs de fonds en particulier, recommandent donc l’adaptation du cadre légal et réglementaire pour mieux prendre en compte la micro-assurance.

La GTZ (organisation de développement allemande), l’AICA (Association internationale des contrôleurs d'assurance / IAIS en anglais) et le CGAP Working Group on Microinsurance recommandent donc :

  • Un abaissement du niveau minimal de fonds propres obligatoire,
  • Un assouplissement des règles d’agrément des agents de micro-assurance,
  • Un allégement du poids administratif des contrôles sur pièces et sur place,
  • En conclusion : Une reconnaissance des spécificités de la micro-assurance à travers une législation adaptée aux problématiques et contraintes de la micro-assurance.

Les contrôleurs d’assurance coopèrent avec le CGAP sur la future réglementation de la micro-assurance

Des représentants des membres de l’AICA issus de pays développés et en voie de dével­oppement ont rencontré le Sous-Groupe Réglementation du CGAP, le 18 février 2006 .

Les débats ont porté sur l’état actuel de la réglementation en matière de micro-assurance et sur les décisions pouvant permettre de mettre en place des cadres réglementaires davantage susceptibles de permettre le développement du secteur. Les conclusions de cette rencontrent soulignent notamment deux points :

  • Réguler la micro-assurance est un défi pour la plupart des autorités de contrôle. Les données disponibles sur le fonctionnement de la micro-assurance sont encore limitées et les micro-assureurs exploitent des processus qui sont différents de ceux qu’utilisent les assureurs traditionnels. Les paramètres de risques utilisés par les autorités de contrôle tiennent compte d’une réalité particulière, celle des assureurs commerciaux, qui travaillent sur la base de gros volumes et de primes élevées. Les micro-assureurs, eux, travaillent avec des polices modestes et des primes très basses, et utilisent souvent des procédures de souscription et d’indemnisation fragmentées.
  • La plupart des fournisseurs de produits de micro-assurance ne possèdent aucune expérience dans les domaines techniques et juridiques de l’assurance. Par conséquent, il est nécessaire de les conseiller et de les aider à respecter les dispositions juridiques et prudentielles.

Source : T. Wiechers, Lettre trimestrielle n° 9 de « Micro-Assurance - Améliorer la gestion des risques pour les populations pauvres », ADA, Mars. 2006

 

Pour en savoir plus :


(2) Chiffres 2005, source Etude sigma de Swiss Re sur l'assurance dans le monde.
(3) Réf. Jeremy Leach, Finmark Trust
(4) Réf. Martina Wiedmaier Pfister et Arup Chatterjee, voir « Pour en savoir plus » en fin de section.

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3. Le rôle moteur de certaines instances de régulation dans le développement de la micro-assurance

Certaines instances de réglementation ont un rôle particulièrement actif dans le développement de la micro-assurance. L’assurance étant vu comme un facteur de développement économique et social, ces autorités visent à la massifier/démocratiser.

Cinq pays « pionniers » ont adapté leur législation de façon à promouvoir la micro-assurance (5) : il s’agit de l’Inde, du Maroc (où toutefois les IMF ne sont pas autorisées à collecter des primes d’assurance), Trinidad et Tobago, les Philippines, et le Japon (pays industrialisé mais confronté comme ceux de l’Europe de l’Ouest et de l’Amérique du Nord, à des mutations difficiles, avec valorisation croissante des micro-entreprises et TPE).

Pour promouvoir la micro-assurance, deux leviers peuvent en outre être utilisés :

  1. L’obligation juridique faite aux assureurs privés de développer de la micro-assurance. C’est la voie de l’IRDA ( Autorité de Régulation et de Développement de l'Assurance) en Inde ;
  2. Les incitations fiscales et des décrets facilitateurs. C’est la voie qu’a choisie la SUSEP ( Organe de tutelle des sociétés d'assurance privées) au Brésil.
L’Inde, exemple d’un cadre réglementaire spécifique
L’Autorité indienne du contrôle et du développement des assurances (IRDA, créée en 1999) multiplie depuis 2002 les notes et règlements, destinés à étendre les couvertures d’assurance vers les deux secteurs suivants :
  • Le secteur social (incluant le secteur informel, le secteur non organisé, les classes rurales ou urbaines dites vulnérables)
  • Le secteur rural (population de moins de 5 000 âmes, densité de population inférieure à 400 hab/km2, plus de 25 % des hommes engagés dans des activités agricoles).

Le premier document juridique, intitulé « Obligations of Insurers to Rural Social Sectors », exige ainsi des nouveaux assureurs, entrés sur le marché indien après sa libéralisation, la vente d’un certain pourcentage de contrats d’assurance à des clients « à faible revenu », selon les quotas évolutifs suivant :

Obligations des assureurs envers le secteur rural

- assureurs vie : pourcentage minimum sur le total des contrats émis
- assureurs non-vie : pourcentage minimum sur le total des cotisations brutes collectées

1ère Année d’activité

2ème Année d’activité

3ème Année d’activité

4ème Année d’activité

5ème Année d’activité

Assureurs Vie

7 %

9 %

12 %

14 %

16 %

Assureurs non-vie

2 %

3 %

5 %

5 %

5 %

Obligations des assureurs envers le secteur social

- Assureurs vie et non-vie : quota en nombre d’individus

1ère Année d’activité

2ème Année d’activité

3ème Année d’activité

4ème Année d’activité

5ème Année d’activité

Assureurs Vie

5 000 assurés

7 000

10 000

15 000

20 000

Assureurs non-vie

5 000 assurés

7 000

10 000

15 000

20 000

Un deuxième texte publié en août 2004 (6), sans avoir force de loi, tend à imposer en micro-assurance un seul modèle d’intervention, « partenaire - agent » (Voir section sur les Modèles d’intervention en micro-assurance), ce qui pourrait être un frein au développement du secteur.

Le troisième texte, intitulé IRDA (Microinsurance) Regulations 2005 énonce clairement différentes règles liées à l’activité de micro-assurance : les caractéristiques des agents de distribution de micro-assurance (commissionnement, règle de conduite, etc.), les produits de micro-assurance (type de garantie, sommes maximale et minimale de couverture, âges limites de souscription, etc.). A titre d’exemple, citons les caractéristiques de trois des neufs types de produits de micro-assurance :

Somme minimale de couverture

Somme Maximale

Durée de couverture

Vie

5 000 Roupies

(113 $US)

50 000

(1 130 $US)

1 an

Non-vie

5 000 Roupies par actif

30 000

(678 $US)

1 an

Santé

5 000 Roupies

30 000

1 an

Accident - individuel

10 000 Roupies

(226 $US)

50 000

5 ans

Sources :

  

Pour en savoir plus :


(5) Réf. Martina Wiedmaier-Pfister et Arup Chatterjee
(6) Concept Paper on Need for Regulations on Micro-Insurance in India

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