1. Quels sont les besoins en matière de financement rural ?
3. Quelles sont les spécificités du risque en matière de financement rural et agricole ?
4. Comment analyser les besoins ? Des méthodes et des outils pour le diagnostic de la demande de financement rural et agricole
1. Quels sont les besoins en matière de financement rural ?
Les besoins de financement rural peuvent être divisés en deux grandes catégories :- le financement du développement rural qui porte sur les infrastructures économiques et sociales dont le monde rural a besoin pour se moderniser : routes, aménagements, mais aussi écoles, systèmes de formation, centres de santé, … Les besoins de financement afférents portent sur des volumes importants. La rentabilité de ces activités est indirecte ou différée dans le temps. Ces financements sont assurés à travers des fonds spécifiques (fonds de développement local, …) alimentés par différentes sources (budget public, subventions, co- financement, éventuellement crédit ).
Pour en savoir plus : - Microfinance et financement des infrastructures de base (BIM), Lecuyer, F., 2006
- Le financement des unités économiques rurales : familles, ménages, entreprises, organisations ayant des activités économiques qui dégagent une rentabilité directe. Cette catégorie de besoins de financement relève de services financiers que sont le crédit rural, l’épargne et les assurances.
Les besoins de financement de cette catégorie d’unités économiques, ainsi que les difficultés qu’ils peuvent rencontrer pour la gestion du crédit et de l’épargne varient en fonction de la diversité des situations rurales. Ainsi la densité de la population, le degré de développement de l’activité économique, des marchés, la diversité des activités, la part de l’agriculture dans les activités rurales, la nature de l’activité agricole insérée ou non au marché, vont influer sur les besoins de financement des populations rurales.
Quatre principaux types d’activités sont pratiquées – et souvent combinées en milieu rural : les activités du secteur primaire (agriculture, élevage, pêche, foresterie), l’artisanat à l’échelle de l’individu ou de l’entreprise de taille variable, le commerce et les services.
Les familles, les ménages, les entreprises rurales informelles sont des unités de gestion économique complexes. L’élaboration de produits financiers adaptés doit prendre en compte cette complexité. Dans de nombreux milieux ruraux, l’unité familiale est complexe, regroupe plusieurs ménages, peut comprendre des dépendants qui sont sous l’autorité d’un chef de famille, mais peuvent gérer parfois un petit budget autonome. Le budget de la famille est étroitement imbriqué avec le budget de l’entreprise ou de l’exploitation agricole.
Plusieurs types d’activités économiques, agricoles et non agricoles, peuvent être pratiquées par une même unité économique. Quand une telle unité complexe obtient un crédit, celui ci peut être mobilisé pour l’ensemble des activités économiques, mais aussi pour financer des besoins sociaux (scolarisation, santé, obligations sociales, …) et il devient alors difficile de dire quel est l’effet du crédit sur telle activité spécifique de l’unité économique : c’est ce qu’on appelle la fongibilité du crédit. Il faut donc prêter une attention particulière à la complexité des unités économiques pour l’élaboration de produits financiers adaptés.
Dans la plupart des milieux ruraux, il existe des pratiques de financement informel portant sur le crédit, sur l’épargne ainsi que sur des formes d’assurance. L’importance économique de ces pratiques informelles a été longtemps sous estimée et considérée comme marginale et appelée à disparaître dès lors que se développeraient des services financiers formels. On sait aujourd’hui que ces pratiques sont bien loin d’être négligeables dans les économies rurales, que le financement formel les fait rarement disparaître et que bien souvent les acteurs économiques les utilisent de manière combinée avec les services financiers formels. Une analyse des besoins de financement ruraux doit donc prendre en compte ces financements informels.
En milieu rural, la gestion économique est étroitement insérée dans les pratiques sociales ; la gestion du crédit, de la dette, de l’épargne, de l’investissement est régie par une combinaison de critères économiques et de critères sociaux et culturels, variable selon les milieux. Les sociétés rurales connaissent aujourd’hui des évolutions rapides qui peuvent déstructurer plus ou moins profondément leur cohésion, leurs règles, leurs pratiques de gestion. L’élaboration de produits financiers adaptés devra prendre en compte ces caractéristiques.
Globalement, on observe aujourd’hui une complexification croissante des pratiques financières des ménages ruraux et des unités économiques rurales, renforcée par l’insertion croissante des populations rurales dans le marché, par la diversification des activités économiques, la multiplication des institutions financières et l’ouverture d’une gamme large de crédits.
Pour en savoir plus :
- Memento de l’Agronome, Doligez F., Gentil D, 2003. Le crédit rural. .
- Economies rurales : au delà de l’agriculture …Grain de sel n°45, déc. 2008 – fév. 2009 :
- Madagascar : Les besoins de financement de « nouveaux » acteurs économiques, les entrepreneurs ruraux (BIM), Wampfler, B., 09 octobre 2007
- Le « jonglage », révélateur de la diversité et de la complexité des pratiques financières des ménages ruraux à Madagascar (BIM), Wampfler, B. ; Bouquet, E. ; Ralison, E., 27 octobre 2009,
- Des micro entreprises rurales pour créer des emplois et de la richesse, Ali Zizien, A. ; Thiéba, D. ; Koutou, V., 2006
- Financement des activités économiques en zones pastorales (BIM), Wampfler, B., 2005
- Le financement des activités économiques en zone pastorale (BIM), BEL, J., 2005
2. En quoi les besoins de financement de l’agriculture familiale sont-ils spécifiques au sein du financement rural ?
Le terme "financement de l’agriculture familiale" est large et recouvre des domaines de nature différente :- le financement de l’exploitation agricole (campagne agricole, équipements, soudure, …)
- le financement des organisations paysannes
- le financement de la commercialisation des productions agricoles
- le financement des services d’appui à l’agriculture (vulgarisation, recherche, infrastructures,…)
En quoi le financement de l’exploitation agricole est –il spécifique ?
Le budget de l’exploitation agricole familiale est étroitement inséré dans le budget global du ménage. Dès qu’ils ont accès au marché, les ménages développent des systèmes d’activités plus ou moins complexes, mêlant les activités agricoles et non agricoles ; le ménage est une unité économique, mais aussi sociale ; les besoins de financement des activités, des investissements, de la consommation, les besoins sociaux sont étroitement liés. Ce faisant, on ne peut donc pas traiter les problèmes de crédit agricole indépendamment de la demande globale de financement des ménages.La très grande diversité des besoins est une autre spécificité du financement de l’exploitation agricole. Cette diversité des besoins, assortie d’une forte diversité des contraintes, varie en fonction des contextes agro-économiques, des systèmes de production agricole plus ou moins diversifiés et intensifs, des systèmes d’activités des ménages, de leur degré d’insertion dans le marché… Le document ci joint présente une analyse synthétique de la diversité des besoins de financement de l’agriculture familiale en Afrique de l’Ouest.
Les besoins en services financiers des exploitations agricoles portent sur différents types de crédit :
- de court terme : pour le financement de la campagne agricole (intrants, main d’œuvre), de l’embouche, du stockage, de la première transformation des produits agricoles
- de moyen terme : pour l’équipement agricole
- de long terme pour l’équipement lourd, les plantations de culture pérennes, l’achat de foncier dans certains contextes mais aussi sur des produits d’épargne susceptibles de développer les capacités d’autofinancement des exploitations et des produits d’assurance.
Les besoins de financement et la demande solvable des exploitations atteignent des volumes particulièrement importants dans les zones de culture d’exportation. En Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale, cette demande était couverte jusqu’ici par le secteur public (banques et sociétés de développement) dans le cadre des filières intégrées. La libéralisation démantèle ces mécanismes et ouvre l’espace financier à de nouveaux acteurs, parmi lesquels la microfinance est sollicitée. Mais les volumes en jeu sont souvent disproportionnés par rapport aux portefeuilles actuels et aux capacités de croissance des institutions de microfinance.
Pour en savoir plus :
- Trajectoires des systèmes de production agricole et diversification des modes de financement des exploitations familiales dans les zones côtières ouest-africaines : le cas du sud Mali. In Conférence sur la recherche en finance rurale, Rome, 19-21 mars 2006. Thème de recherche n°1, Demande de produits et services financiers au sein des populations rurales. FAO, 2007. p. 1-37.
La saisonnalité des activités et des revenus agricoles est une source de difficulté pour le financement : les besoins de liquidité et les rentrées monétaires mobilisées pour le remboursement du crédit sont concentrés sur des périodes relativement courtes et impératives, ce qui requiert une adaptation étroite des procédures de crédit aux calendriers agricoles et pose aux institutions financières des problèmes de gestion de la liquidité et de la régulation annuelle de la productivité des agents, en cas de portefeuille de crédit fortement agricole.
Pour en savoir plus :
- Recettes, dépenses, crédits, comment accorder les rythmes ? Roesch, M., Vall, E. ; Mounkama Kenoukou, C. ; Havard, M, 2005
La difficulté de la mobilisation de l’épargne en milieu agricole et rural est une contrainte forte pour la création d’une offre de financement durable. Les formes traditionnelles d’épargne (bétail, stock de céréales, bijoux, …) ont encore le plus souvent la préférence des populations rurales qui les trouvent plus souples, plus fiables, voire souvent plus rentables que l’épargne offerte par les institutions de financement. La faible mobilisation de l’épargne, et particulièrement celle de l’épargne longue et stable (dépôt à terme) limite la consolidation financière des institutions et leurs ressources de crédit.
Le financement de l’agriculture est par ailleurs caractérisé par un degré élevé de risque.
En quoi le financement des organisations paysannes (OP) est-il spécifique ?
Les besoins de financement des OP couvrent de trois types de préoccupations qui relèvent de dispositifs de financement différenciés :- Améliorer l’accès des exploitants agricoles aux services financiers
- Financer les initiatives économiques collectives
- Générer des ressources permettant de couvrir les frais de fonctionnement de l’OP, contribuer au renforcement des capacités de l’OP, participer au co-financement de services d’appui à l’agriculture, etc.
Pour en savoir plus :
- Organisations professionnelles agricoles et institutions financières rurales : construire une nouvelle alliance au service de l’agriculture familiale. Un guide opérationnel, Wampfler, B. ; Doligez, F. ; Lapenu, C., avec la contribution de Vandenbrouck, J.P. et Vilayphonh, 2008
En milieu rural, les pratiques financières sont étroitement insérées dans les pratiques sociales
Dans les sociétés traditionnelles, les échanges monétaires, les pratiques d’entraide, de solidarité, les notions de dette, sont inscrits dans des codes sociaux qui peuvent avoir une influence déterminante sur l’intervention en matière de financement.
Pour en savoir plus :
- Wampfler B., Lapenu C., 2002. La microfinance au service de l’agriculture familiale. Résumé exécutif du séminaire de Dakar. In Actes du séminaire de Dakar.
- Lapenu C., 2002. Adéquation entre l’offre des institutions de microfinance et les besoins de financement de l’agriculture familiale. Synthèse thématique de l’atelier n°1 du séminaire de Dakar.
3. Quelles sont les spécificités du risque du financement rural et agricole ?
Le financement rural et celui de l’agriculture en particulier, est caractérisé par un degré élevé de risques, de différente nature : climatique, sanitaire, économique (variation de prix, difficultés d’écoulement de la production agricole, concurrence avec les produits d’importation…).Ces risques sont souvent covariants : ils pèsent sur l’ensemble des emprunteurs d’une zone donnée (sécheresse, inondations, épizooties…) au même moment. Les risques covariants sont plus difficiles à mutualiser et désamorcent les mécanismes de sécurisation habituellement utilisés par la microfinance (caution solidaire de proximité).
A ces risques pesant sur l’activité agricole, se conjuguent des risques moins spécifiques, liés à l’emprunteur : défaillance pour décès ou maladie, « mentalité dégradée » par rapport au crédit dans bon nombre de zones rurales où les expériences de crédit laxistes se sont succédées, ou encore défaillance pour cause d’endettement non maîtrisé.
Le financement des organisations paysannes (OP) présente un degré de risque élevé. Ce risque résulte de facteurs externes aux OP (instabilité des marchés agricoles, politiques des prix...), mais aussi internes (faible structuration des organisations, capacités et outils de gestion insuffisants, faible capitalisation…). Les OP ont par ailleurs souvent à porter le poids d’une histoire longue et difficile en matière de crédit (impayés, endettement) qui peut compromettre durablement leur crédibilité auprès des institutions de financement.
Pour en savoir plus :
- Microfinance et sécurisation du crédit agricole. In Actes du séminaire de Dakar « Microfinance et agriculture familiale », Lesaffre, D., Pesche, D., 2002.
4. Comment analyser les besoins ? Des méthodes et des outils pour le diagnostic de la demande de financement rural et agricole ?
Le diagnostic des besoins de financement ruraux peut être abordé selon différentes unités (ménages, entreprises, organisations, filières...) et à différentes échelles (village, région...).Le diagnostic des besoins de financement d’une zone rurale et agricole doit rendre compte de l’organisation économique générale de cette zone, mais aussi de la complexité des besoins et des contraintes des différentes catégories d’acteurs économiques. Il doit permettre de comprendre comment la gestion économique est insérée dans les pratiques sociales. Il doit apporter aussi un regard sur l’histoire économique et l’histoire du crédit dans la zone.
Dans un premier temps, le diagnostic s’attachera à caractériser l’environnement économique de la zone étudiée, le degré d’intégration dans l’économie de marché, l’étendue des marchés ; les risques afférents à l’activité économique sont identifiés. La diversité des acteurs économiques pourra être appréhendée à travers une typologie.
Le diagnostic s’attachera ensuite à analyser les systèmes d’activités, les budgets annuels de chaque catégorie d’acteurs et leurs pratiques de financement actuelles.
Une attention particulière sera portée aux caractéristiques sociales de la zone étudiée pour évaluer la capacité des populations à s’impliquer durablement dans un système de financement participatif : quelles sont les formes d’organisations sociales traditionnelles ? Comment se caractérisent les pratiques d’entraide ? Quelle place occupent dans la culture et les pratiques locales les valeurs de solidarité, d’honneur, d’intégrité ….
Si ces grandes lignes sont communes à tous les diagnostics, il existe cependant plusieurs méthodes de diagnostic des besoins.
Les documents suivants présentent différents types de méthodes :
L’analyse des besoins de financement des ménages à l’échelle d’un territoire :
- Lapenu C., 2002. Adéquation entre l’offre des institutions de microfinance et les besoins de financement de l’agriculture familiale. Synthèse thématique de l’atelier n°1 du séminaire de Dakar CIRAD – CERISE
- Lapenu C., 2002. Comment adapter les services financiers aux besoins des exploitations agricoles. Une méthode d’analyse. Fiche d’approfondissement du séminaire de Dakar n°1
- Un outil méthodologique sur la microfinance publié par la Commission Européenne
BIM du 05 12 00 Gentil D., Doligez F. IRAM
- Creusot A.C., Lavigne Delville Ph., 2004. Identifier un projet en microfinance. Repères méthodologiques pour des projets réalistes. Les Documents de travail de la Direction scientifique/Coopérer Aujourd'hui (GRET).
- Analyse de la demande et développement de produits financiers : l'appui de FIDES à SEWA Bank
BIM du 16/06/2004
- Une formation à l'analyse d'une demande de financement d'une Organisation Paysanne. (CNEARC)
BIM du 08/06/2004
- Les méthodes participatives appliquées à la microfinance : bilan récent des outils de Microsave Africa
BIM du 14/12/04
- Approches informelles pour évaluer un emprunteur, Plaisance, G.,
L’analyse des besoins de financement au sein d’une filière :
- Identifier les besoins de financement des filières : analyse de quatre filières au Mali, DGCID, 2007
- L'analyse de filière, un outil pertinent de diagnostic du financement de l'agriculture dans le cadre de la décentralisation ?(BIM), MAIGA, Y., 2005
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