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2. Offre de financement rural

Une première partie de ce sous-thème rappellent les enjeux spécifiques et les principes d’organisation adaptés au financement du monde rural ; la deuxième partie présente les principales formes d’organisations illustrées par des exemples d’institutions de finance rurale. Les évolutions récentes de la microfinance rurale sont analysées dans la troisième partie (2004-2009). Les quelques synthèses par pays de la quatrième partie complètent les ressources proposées par le portail dans les profils pays.
1. Rappel sur les enjeux spécifiques de la microfinance rurale

2. Des formes organisationnelles variées pour répondre aux spécificités de la demande de financement rural

3. Evolutions récentes de la microfinance rurale

4. Des éclairages par pays

1. Rappel sur les enjeux spécifiques de la microfinance rurale

En milieu rural, les institutions financières sont confrontées à six grands défis :
  • toucher des populations vivant souvent dans des zones reculées, difficiles d’accès, où les infrastructures sont déficientes
  • concevoir des services financiers adaptés aux activités économiques de ces populations, activités diversifiées mais souvent de petite taille,
  • élaborer des formes de garanties adaptées à des situations à haut degré de risque et des populations incapables de fournir des garanties matérielles
  • minimiser les coûts de transaction liés à ces différentes contraintes
  • trouver des ressources financières permettant d’assurer des services financiers autonomes et durables
  • élaborer une forme d’organisation qui ait une portée suffisante par rapport à l’ampleur des besoins de financement de la population rurale ; très souvent les organisations de financement rural sont confrontées au problème du changement d’échelle : alors que l’expérimentation au niveau local donne satisfaction, l’extension du dispositif à des zones plus vastes pose de nombreux problèmes.
Les différentes catégories d’organisations qui fournissent des services financiers en milieu rural utilisent des stratégies et des outils différents pour faire face à ces fortes contraintes.

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2. Des formes organisationnelles diverses pour répondre aux spécificités de la demande de finance rurale

  • Le financement informel existe dans presque tous les milieux. Il peut prendre différentes formes : tontines, crédit des prêteurs privés (souvent appelé crédit usuraire parce que les taux d’intérêt pratiqués sont élevés), mais aussi épargne informelle confiée à des banquiers ambulants par exemple). Ces formes de financement informel font face aux contraintes du milieu rural évoquées plus haut en s’appuyant sur la proximité avec l’emprunteur et sur les pratiques sociales locales. De ce fait, ces systèmes de financement ont en règle générale une portée limitée à l’échelle locale et ne s’articulent pas ou peu avec le « marché financier ». Le financement informel a longtemps été considéré comme une pratique marginale qui disparaîtrait à mesure que la finance formelle se développe. De nombreuses études montrent que, bien au contraire, c’est une pratique fortement développée dans de nombreux milieux ruraux, qui rend différents types de services financiers et qui peut se combiner avec des formes de financement plus modernes.
  • Les projets de développement ont souvent intégré des « composantes crédit ». Le crédit est ici utilisé pour soutenir l’action du projet (introduction de techniques, de productions ou d’activités nouvelles...). Il est géré par la structure de projet, le plus souvent sans référence à des principes bancaires, et par des agents qui n’ont pas de compétences spécifiques de gestion financière. Ces composantes crédit des projets de développement ont connu de nombreux échecs (impayés, mauvaise gestion…) et les services financiers fournis ne sont pas durables : quand le projet s’achève, le service financier disparaît avec lui. Certaines de ces composantes crédits de projet ont tenté de se transformer en véritable institution de financement, mais les changements à opérer sont si profonds que ces expériences aboutissent rarement à des réussites durables.
  • Les banques de développement : ce sont des banques financées par la puissance publique (Etat, bailleurs de fonds…) pour assurer le financement du développement et des activités rurales. Principal outil du financement rural pendant les deux décennies qui ont suivi les Indépendances dans les pays du Sud, ces banques ont connu au fil des années 80 de nombreux échecs (impayés, mauvaise gestion…). Si la plupart d’entre elles ont été fermées, il en subsiste quelques unes en Afrique, en Asie où elles ont été assainies et modernisées et participent aujourd’hui au financement rural.
  • Les banques commerciales utilisent le plus souvent en milieu rural les mêmes outils qu’en milieu urbain : services fournis au guichet, dans des localités rassemblant une population déjà relativement importante, produits financiers standardisés, garanties matérielles, appréciation de la solvabilité du client en fonction de ses actifs, analyse individuelle du projet économique qui fait l’objet de la demande de financement. Ces outils sont peu adaptés dans de nombreux milieux ruraux, ce qui explique le faible développement des banques commerciales dans ces zones. Elles peuvent cependant progresser à mesure que les milieux ruraux se développent. Certaines d’entre elles tentent d’étendre leur portefeuille de crédit rural en adoptant les principes et techniques de la microfinance.
  • La microfinance, parfois appelée secteur intermédiaire – entre finance informelle et finance formelle – ou « systèmes financiers décentralisés », a développé des principes et des pratiques innovantes pour faire face aux défis du monde rural. Bien que le formes d’organisations de la microfinance soient diverses, elles partagent quelques principes communs et s’appuient sur :
    • La proximité avec le monde rural : cette proximité est géographique (siège en milieu rural, agents qui se déplacent auprès des populations), mais aussi économique et sociale (les IMF tentent de développer une offre de services adaptée aux besoins et aux contraintes des populations locales, elles s’appuient sur une interconnaissance forte…)
    • La participation des bénéficiaires : elle est mobilisée pour favoriser l’adéquation de l’offre à la demande réelle des ménages, réduire les coûts de transaction, gérer le risque et sécuriser les services financiers, faire du système financier un outil au service des stratégies de développement des populations, faire du système financier un outil d’apprentissage de modes de gestion participatifs, démocratiques, permettant l’intégration progressive des catégories de populations exclues des formes de gouvernance traditionnelles (femmes, jeunes…) et le renforcement de l’équité sociale. La participation est vue comme un levier de changement social.
    • Des degrés variés de décentralisation de la décision et de la gestion
    • Des degrés variés d’innovation en matière de garantie, avec notamment l’utilisation de la caution solidaire grâce à laquelle un groupe se porte garant pour ses membres
    • La recherche de la durabilité du service financier. Pour qu’un service financier puisse être durablement proposé à une population rurale, il faut assurer son autonomie et sa pérennité financière (avoir des ressources financières stables et suffisantes, avoir un taux d’intérêt permettant de couvrir le coût du crédit…), la pérennité technique (un personnel compétent, des systèmes de gestion et de contrôle bien organisés et efficaces…), la viabilité sociale (un système financier bien approprié par les populations)
Sur la base de ces principes communs, la microfinance rurale s’est développée sous des formes organisationnelles très diverses.

Le modèle « Grameen Bank »

Au Bangladesh, dans des zones rurales à très forte densité de population, la Grameen Bank a développé le crédit à caution solidaire sur l’idée que même les populations très pauvres peuvent valoriser et gérer un crédit. Le crédit, qui peut être d’un très petit montant, est donné à un groupe d’emprunteurs qui sont solidaires pour son remboursement. Les groupes solidaires, réunis en structure pyramidale (comités villageois, branche régionale…) assurent bénévolement une partie des fonctions de gestion du crédit, réduisant d’autant, en théorie du moins, les coûts de transaction et les risques. La gestion partiellement bénévole au niveau local est ensuite relayée par un personnel salarié aux échelons supérieurs de l’institution financière.

Ce type de microfinance s’est développé avec succès dans de nombreuses zones rurales à forte densité de population. Au Bangladesh par exemple, la Grameen Bank a développé un large réseau national comptant aujourd’hui plusieurs millions de membres dont une part importante est rurale. En revanche, ce modèle rencontre plus de difficultés de développement dans les régions à faible densité de population comme les zones sahéliennes par exemple où il achoppe alors sur l’ampleur des coûts de transaction induits par la dispersion et l’éloignement des populations.

Pour en savoir plus :
Les mutuelles d’épargne et de crédit

Les mutuelles sont aujourd’hui une composante essentielle de la microfinance rurale. Elles s’appuient sur les principes mutualistes développés en Europe et au Canada au XIX et au XX siècles.
Les mutuelles d’épargne et de crédit sont des coopératives gérées par leurs membres. Chaque membre est propriétaire de la structure et a un droit égal (un homme, une voix). La gestion technique est assurée par des salariés. Dans le modèle initial, les mutuelles privilégient la collecte de l’épargne, le crédit est réalisé sur les ressources d’épargne et l’épargne constitue une partie de la garantie demandée à l’emprunteur. Des garanties matérielles sur les biens de l’emprunteur complètent le dispositif de gestion du risque.
Face à la difficulté de mobiliser l’épargne, notamment en milieu rural, de nombreuses adaptations du principe de base de l’épargne préalable sont observées aujourd’hui au sein des mutuelles. Dans le modèle initial, les mutuelles se structurent progressivement en fédérations pyramidales, avec une centralisation plus ou moins forte de la décision et des ressources financières. Les réseaux ainsi créés peuvent prendre des formes variées, allant de très petites mutuelles isolées, sans lien avec le marché financier, jusqu’à de très grands fédérations nationales (la FECECAM au Bénin par exemple).

La priorité donnée à l’épargne tend à orienter les mutuelles vers les populations ayant une capacité d’épargne (populations à revenu moyen, agriculteurs moyens à aisés, commerçants…) en excluant dans une certaine mesure les populations moins aisées (femmes, jeunes..). Mais des nombreuses adaptations sont observées pour infléchir cette tendance. Au sein de la microfinance africaine, ce sont les réseaux mutualistes qui ont la plus forte contribution au financement de l’agriculture.

Pour en savoir plus :
Les Caisses Villageoises d’Epargne et de Crédit Autogérées (CVECA)

Les CVECA sont fondées sur le principe de la mobilisation de la cohésion sociale au niveau le plus décentralisé, le plus souvent le village. La Caisse Villageoise appartient à la communauté de ses membres qui la gèrent. Le crédit est donné d’abord sur la base des ressources de la collecte de l’épargne, afin de responsabiliser davantage les emprunteurs. Quand la CVECA a fait les preuves de sa capacité de gestion et de son sérieux, elle peut accéder à un système de refinancement sur le marché financier qui permet alors de développer plus fortement la fonction de crédit.

Les CVECA se différencient des mutuelles par la gestion technique qui est effectuée, non par des salariés, mais par un personnel villageois désigné par les membres et formé par un service d’appui technique extérieur au réseau des CVECA, ainsi que par la volonté de préserver la décentralisation : les CVECA se regroupent en Unions et en Associations d’Unions qui ne dépassent jamais le niveau régional. Ce modèle de microfinance a été développé dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et de Madagascar.

Pour en savoir plus :
De nombreux modèles mixtes …

Sur la base de ces modèles emblématiques se sont développées de nombreuses expériences qui empruntent des éléments à l’un ou l’autre des modèles et les adaptent à de nouveaux contextes.

Pour en savoir plus :
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3. Les évolutions récentes de la microfinance rurale

Les enjeux et les approches en matière de finance rurale ont évolué rapidement dans la dernière décennie. Les zones rurales reculées, les populations très vulnérables restent un défi pour la microfinance. La microfinance commerciale, face à un environnement financier urbain souvent saturé, est tentée par le secteur rural. Les innovations technologiques ont gagné le milieu rural. Le financement de l’agriculture a été identifié comme un enjeu majeur pour la microfinance.

Ces références, présentées par ordre chronologique décroissant, donnent un aperçu permettent de l’évolution des enjeux et approches de la microfinance rurale dans les 15 dernières années.

Pour en savoir plus :
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4. Des éclairages par pays et par thème

En complément des profils pays du portail microfinance, quelques documents récents présentent des synthèses ou des points de vue sur la finance rurale par pays ou par thématique.
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