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Mesure et gestion des performances sociales : des pas de géants ?

CERISE

Des outils simples pour une évaluation pratique et crédible

Il y a un an tout juste (20 juin 2007), un précédent Coup de projecteur sur le Portail de la Microfinance faisait le point sur l’état des lieux des initiatives en termes de mesure des performances sociales.

On y évoquait la croisée des chemins où se trouve la microfinance, en particulier sur les questionnements des IMF quant à leur mission sociale, leurs pratiques, leurs modes de gouvernance, les limites de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté, la « commercialisation » du secteur (le cas de Compartamos commençait tout juste à faire couler de l’encre), etc.

Plusieurs initiatives étaient décrites, qui ont développé des concepts et des outils d’évaluation de la pauvreté, de mesure et de gestion des performances sociales et se coordonnent au travers de la Social Performance Task Force (SPTF).

Les enjeux pour le secteur étaient identifiés : sensibilisation et promotion des performances sociales auprès des IMF, choix d’indicateurs de performance sociale pour le MIX Market, progrès dans les ratings sociaux, reconnaissance des outils et intégration de ces approches par les acteurs du secteur afin de dépasser un simple effet de mode.

A l’occasion de la nouvelle rencontre de la SPTF à Paris les 17 et 18 juin, ainsi que de l’actualisation du dossier thématique sur « Impact et Performances sociales » sur le Portail de la Microfinance, ce nouveau Coup de Projecteur fait le point des avancées sur ces thématiques.

Souvenons-nous que le thème des performances sociales restait marginalisé il y a encore deux ou trois ans : il ne fallait pas « détourner » les IMF de leurs performances financières, la mesure des performances sociales était jugée trop subjective, et on estimait en somme qu’elle ne se traduirait que par des contraintes additionnelles pour les opérateurs.

Un consensus émerge aujourd’hui pour promouvoir les performances sociales afin d’améliorer l’impact sur les clients et renforcer les performances financières. Diverses rencontres et publications sur cette thématique, et tout récemment, la déclaration de Pocantico, la dernière édition du MicroBanking Bulletin ou le Dialogue Européen de la Plateforme européenne de la microfinance (e-MFP) sur le rôle des investisseurs, tous ces éléments attestent du succès des efforts entrepris par les pionniers dans la promotion des performances sociales.

Une part croissante des acteurs du secteur cherche à valoriser les principales dimensions des performances sociales : cibler les pauvres et les exclus, promouvoir la création d’emplois ‘décents’ à travers l’appui aux petites entreprises, adapter les services aux clients, consolider la situation économiques et sociopolitique des clients, garantir la responsabilité sociale des IMF vis-à-vis de leurs employés, de leurs clients, de la communauté et de l’environnement.

Cette évolution a notamment été portée par l’implication de certaines IMF et de leurs réseaux, partageant la vision de la vocation sociale du secteur et de la possibilité de concilier performances sociales et financières. La montée en puissance de critiques à l’encontre du secteur contribue aujourd’hui à renforcer la mobilisation autour de l’enjeu des performances sociales. Heureusement, il existe aujourd’hui des outils simples pour une évaluation pratique et crédible qui permettent de renforcer la gestion des performances sociales des IMF et facilitent la coordination des différents acteurs sur ce terrain. Ils fournissent des éléments opérationnels pour mettre en oeuvre des pratiques favorisant la protection des clients et l’impact tout en ayant un effet positif sur la pérennité de l’institution (satisfaction et rétention des clients, réduction des impayés) et le changement d’échelle de la microfinance.

Voici présentées quelques avancées récentes, en particulier dans le monde francophone.

Le Dossier Thématique « Impact et Performances sociales »

Vous trouverez dans la version tout nouvellement actualisée du dossier thématique « Impact et Performances sociales » les concepts, outils et démarches opérationnelles pour répondre aux questions brûlantes des IMF et de leurs partenaires :

  1. L’activité de l’IMF est-elle adaptée à ses objectifs sociaux ? Les outils d’évaluation des performances sociale
  2. Qui sont les clients de l’IMF ? Les outils d’évaluation de la pauvreté
  3. L’IMF répond-elle aux besoins des clients ? Etudes de marché, d’utilisation des services, de satisfaction des clients
  4. Quels effets de l’IMF sur les conditions de vie ? Les analyses d’impact
  5. Comment aller plus loin ? Suivi d’indicateurs de performances sociales et démarches d’amélioration des pratiques

Les avancées de CERISE et PROSPERA

Au sein de PROSPERA, l’Alliance pour la Promotion des Performances sociales, ce sont plus de 100 IMF qui ont utilisé l’outil SPI de mesure des performances sociales, appliqué directement par les IMF ou avec l’aide des réseaux nationaux ou d’institutions d’appui (Foro Lac Fr et Trias en Amérique latine ; Main, Pamiga en Afrique, Crs-Sme et Space en Asie par exemple) ou encore d’investisseurs (Oikocredit en Amérique latine et aux Philippines). La mesure des performances sociales a permis de mieux visualiser et concrétiser les efforts des IMF en faveur de leurs clients, de développer les réflexions opérationnelles et stratégiques des IMF et des réseaux autour de ces thèmes, d’établir des relations constructives avec les partenaires financiers pour renforcer les effets sur les clients. Les travaux de CERISE et PROSPERA sont étroitement liés aux avancées des praticiens réunis depuis 2001 au sein du chantier Finance Solidaire.

Sur la base d’une expérience accumulée après deux ans d’utilisation par plus d’une centaine d’IMF, et grâce aux contributions d’un grand nombre de partenaires (Aquadev, ForoLacFr et ses membres, Freedom From Hunger, Oikocredit, Profin, Sidi, et tant d’autres), la nouvelle version 3.0 de SPI est finalisée ce mois-ci (disponible en anglais sur demande à cerise@globenet.org). Celle-ci offre des formulations plus simples, une compatibilité avec les indicateurs du Mix Market de performances sociales, une valorisation plus équilibrée entre les bénéfices économique et sociaux pour les clients et une prise en compte des thématiques d’actualité du secteur (taux d’intérêt, protection du consommateur, environnement).

Plusieurs partenaires de ProsperA ont participé à l’expérimentation d’indicateurs de Performance Sociale du Mix Market, et leurs retours seront analysés lors de la réunion de la SPTF du 17 au 18 juin pour finaliser la liste des indicateurs sociaux qui feront l’objet d’un reporting régulier à l’échelle internationale. A partir de l’analyse des retours de ses membres ProsperA s’engage à peser pour que ne soient retenus que des indicateurs simples, adaptés aux praticiens et interprétables au niveau du Mix.

Grâce au grand nombre de résultats SPI collectés de par le monde, une étude quantitative a pu être menée sur la relation entre performances sociales et financières (échantillon Amérique latine), qui montre des corrélations différentiée selon les dimensions des performances sociales: le ciblage des personnes les plus démunies et exclues tend à induire des coûts de fonctionnement plus élevés, mais l’adaptation des services à leurs besoins, la participation et la responsabilité sociale ont des effets nettement positif sur la réduction des impayés, la productivité et la réduction des coûts opérationnels. Ce travail sera actualisé avec les nouvelles données SPI collectées.

La mise en oeuvre conjointe de SPI et d’une analyse de la gouvernance a été testée avec succès dans divers pays (notamment au Mexique, en Bolivie et en Guinée) permettant de générer des apprentissages très riches pour les partenaires afin d’améliorer leurs pratiques et renforcer leur gouvernance en faveur de leur mission sociale. Ce travail sera poursuivi avec de nombreux partenaires, notamment en Afrique de l’Ouest.

L’analyse croisée entre des études d’impact et des études SPI (Bolivie) a permis de confirmer que certaines pratiques des IMF entraînent des effets spécifiques auprès des clients, validant ainsi plusieurs hypothèses de liens entre processus et résultats. D’autres pays et études auprès d’IMF permettront de creuser encore ces liens.


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La revue Dialogue Européen sur le rôle des investisseurs pour la promotion des performances sociales

Le groupe de travail sur performance sociale de la Plateforme Européenne de la Microfinance (eMFP) a coordonné l’élaboration d’un nouveau numéro de la revue Dialogue Européen consacré au rôle des investisseurs dans la promotion des PS. Ce document, auquel ont participé les principaux fonds d’investissement du secteur, montre à quel point cette problématique devient centrale dans leur activité. Il est pour l’instant téléchargeable en anglais et sera disponible prochainement en français (septembre 2008, toujours sur le site de la plateforme européenne).

Cette édition montre que la question des performances sociales est de plus en plus reconnue par les investisseurs. La majorité d’entre eux ont mis au point des méthodes d’évaluation sociale, dont les modalités restent cependant très diverses. Ce document rassemble plusieurs études de cas de ces pratiques, notamment ResponsAbility, Incofin et Alterfin, Triodos, FMO, Sidi, Oikocredit et EFSE. L’analyse montre que les investisseurs cherchent tout d’abord à mieux comprendre les objectifs et les actions de leurs partenaires en termes de mission sociale. Les informations qu’ils collectent les aident à étayer leur stratégie, ainsi qu’à rendre plus visible cette dimension de leur activité. Sur cette base, certains développement même des stratégies d’appui pour se rapprocher de leurs IMF partenaires et les accompagner dans l’amélioration de leurs performances sociales.

Si aucun processus standardisé n’a encore émergé au niveau des investisseurs, il semble que le besoin s’en fasse sentir. Néanmoins, cette volonté fait ressortir plusieurs questions : comment combiner la standardisation et les différents contextes d’intervention ? Comment interpréter et utiliser l’information produite ? Bien que des progrès notables aient été réalisés pour l’évaluation des IMF, il reste à les compléter avec une évaluation des pratiques des investisseurs et des bailleurs, qui permette de mettre en avant les approches innovantes, le soutien aux IMF rurales ou en consolidation, etc. Ce Dialogue est ouvert, et sera poursuivi avec les acteurs qui veulent que les performances sociales continuent d’être renforcées aux différents niveaux du secteur de la microfinance.

La conférence d’INAISE : Pour un réseau mondial de la finance solidaire

INAISE est le réseau international des acteurs de la finance solidaire, qui organisait un grand sommet à Québec, les 5 et 6 juin dernier. Après 19 ans d’existence, ce rendez-vous avait comme objectif central de mobiliser les membres et d’en attirer de nouveaux, autour d’axes de travail fédérateurs.
Tout d’abord, le pari a été réussi de donner une ampleur résolument mondiale à un réseau qui restait avant européen, grâce à l’entrée de plusieurs nouveaux partenaires, notamment d’Amérique du Nord, d’Amérique Latine, d’Asie et d’Afrique. Dans cette dynamique, le conseil d’administration a été largement renouvelé, avec une présence significative de réseaux du Sud.
De plus, suite à l’adoption d’une nouvelle charte, plusieurs chantiers de travail ont été mis en avant : le financement des énergies renouvelables, la coordination entre les banques sociales, la définition de critères permettant de caractériser et évaluer la finance solidaire (au delà du seul champ de la microfinance), des instruments innovants pour financer l’économie sociale asiatique et la mise en oeuvre de mécanismes de recherche et de capitalisation communs, ainsi que de prospective.
Différents plans de travail ont pu être définis, ainsi qu’un outil collaboratif en ligne pour animer la poursuite des échanges.

Le livre CIF-Karthala sur les réseaux COOPEC de la Confédération des institutions financières

Ce livre est l’aboutissement d’un processus de « revue croisée », entre « pairs », avec les six réseaux coopératifs d’épargne et de crédit qui constitue les membres de la nouvelle Confédération des institutions financières (CIF), en Afrique de l’Ouest.

Il propose, alors que l’histoire de ces 6 réseaux est relativement peu connue, une compilation de leur construction, croissance, crises, perspectives et défis.

Les crises ont été évoquées avec grande transparence : des tensions, turbulences, à la descentes aux enfers : elles ne sont pas occultées, les causes sont analysées et étudiées comme un élément constitutif de la vie des réseaux qu’il faut savoir résoudre.

De nombreux défis et enjeux sont soulignés : solidarité (entre caisses, et au niveau sous régional), innovations (crédit bail, assurance au niveau des réseaux, et construction de la CIF, banque du réseau, etc.), modèle inclusif : diversification des clients et des produits.

Gouvernance, taux d’intérêt, rural-urbain, place des femmes, modèle inclusif et lutte contre la pauvreté, autant de thèmes qui focalisent une question centrale pour ces réseaux : comment est-il possible de maintenir un certain équilibre entre projet économique et projet social ? Ce livre amène des éléments de réponses, individuels, ou collectifs, et les projets de la CIF s’engagent dans ce sens, pour renforcer ces 2 aspects et construire des réseaux qui marchent sur leurs deux jambes.

Pour en savoir plus :

CERISE et PROSPERA : les Newsletters de ProsperA, avancées sur SPI, gouvernance et impact, chantier Finance solidaire

Les Documents de Travail de CERISE et PROSPERA

  • DTNº1 : Les Enjeux de la notation sociale

  • DTNº2 : Stratégie sociale et impact: améliorer les études d'impact

  • DTNº3 : Liens entre performances sociales et financières en microfinance

  • DTNº4 : Liens entre résultats SPI et études d’impact-Bolivie

  • DTNº5 : Transparence et renforcement des membres -RFR Equateur(espagnol)

  • DTNº6: Etudes SPI par Oikocredit (anglais)

  • DTNº7: Liens entre performances sociales et financières-Amérique Latine

  • DTNº8 : Evaluations SPI en Amérique Latine-ForoLacFr (espagnol)

  • DTNº9 : SPI et PAT - Expérience de l’ASC Union en Albanie

  • DTN°10 : Evaluations SPI au Niger -Aquadev

    Autres publications sur les performances sociales

  • CIF-Karthala : La Microfinance en Afrique de l’Ouest

  • CGAP-Boulder-DeutchBank : Pocantico declaration

  • eMFP : European Dialogue: investors and SP

  • Global News Nº16 : Concilier performances financières et sociales

  • MBBNº16 : Competing Business Models and MF Double Bottom Line

  • SEEP Network : Social Performance Roadmap

    Sites des différentes conférences

  • Social performance task force meeting, Paris, 17-18 juin « title »

  • Conférence INAISE

  • Conférence MFC

  • 24 juin MicroNed

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