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Financement du monde agricole et rural : quoi de neuf ?

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A la recherche d'un nouveau paradigme

A partir de :

  • la synthèse du colloque FARM de décembre 2007 "quelle microfinance pour l'agriculture des pays en développement ?" (Morvant, février 2008),
  • l'étude réalisée par le réseau français de la microfinance "Evolutions récentes dans l'offre et les stratégies de financement du secteur rural : échanges d'expérience et synthèse bibliographique" (Lapenu, janvier 2008),

    Le passage du tout Etat à celui du tout "libéral"

    Dans les années 60-70, le financement du secteur rural et agricole était fondé sur une intervention étatique forte, s’appuyant sur des banques publiques de développement et une offre de crédit subventionné développée comme un « intrant » parmi d’autres, pour la production agricole. A partir des années 1980, l’échec de l’offre de crédit subventionné et la défaillance des Etats ont été mis en avant pour justifier la fermeture des banques publiques, la libéralisation du secteur financier et le développement de la microfinance.

    • Le financement du monde rural s'est-il amélioré pour autant ?
    En 2002, au cours du séminaire de Dakar, l’analyse de l’offre avait confirmé que la libéralisation des secteurs agricoles et financiers a abouti à une raréfaction et à un renchérissement de l’offre de financement agricole. L’offre publique s'est fortement réduite, et n’est que faiblement compensée par l’offre du secteur bancaire commercial.
    Le secteur de la microfinance s'est quant à lui développé en milieu rural, mais reste globalement fragile. En Afrique de l'Ouest, cette offre microfinance reste très centrée sur les zones agricoles sécurisées (zones de cultures de rente, filières intégrées, périmètres irrigués, etc) au détriment des zones d'agricultures vivrières plus risquées et les crédits offerts sont essentiellement de court terme, ne répondant pas à la diversité des besoins exprimés.

    Le mouvement de commercialisation de la microfinance avec une pression mise sur la rentabilité du secteur a accentué le retrait des zones défavorisées ou non sécurisées.

    Récemment pourtant, le secteur rural et agricole et la question spécifique du financement rural bénéficient d'une attention nouvelle face aux enjeux de croissance démographique, création d'emploi, gestion des ressources naturelles et plus récemment d'augmentation du prix des produits agricoles et de crise alimentaire mondiale (cf. "rapport sur le développement dans le monde, l'agriculture au service du développement", Banque Mondiale, 2008). Beaucoup d'institutions rappellent que l'accès à des financements ruraux adaptés est l'une des clés au développement du monde rural et agricole.

    Vers un nouveau paradigme du financement rural et agricole ?

    Face à l'échec du "tout Etat" et du tout "marché", on cherche, parallèlement à la définition de nouvelles politiques publiques, à développer aujourd’hui des approches pragmatiques, des synergies et complémentarités entre acteurs diversifiés, s’appuyant en particulier sur des partenariats Publics-Privés ou Privés-Privés, avec l'apparition de nouveaux acteurs : fonds spécialisés en microfinance, fonds internationaux de garantie, implication récente des agroindustries et des acteurs des filières agricoles. Il s’agit alors de construire des alliances stratégiques pour sécuriser les services financiers et favoriser leur accès par les acteurs ruraux.
    Les prémices de partenariats innovants existent mais restent à ce stade marginaux et pas suffisamment étudiés pour affirmer que l'on se trouve face à un véritable renouveau de la pensée du financement rural.

    • Rapprocher les deux entrées de la finance rurale et agricole : le secteur financier et la filière.
    Une première approche de la finance rurale et agricole prend le secteur financier comme point de départ et souligne le rôle important des institutions financières pour faciliter l’accès à une large gamme de services. L'autre approche se centre sur la filière ou "chaîne de valeurs" (value chain). Elle prend la filière de production comme point de départ soulignant les financements qui sont proposés tout au long de la chaîne agricole de valeur (par exemple les fournisseurs d’intrants, les transformateurs, les intermédiaires et les acheteurs) et les services financiers sont le plus souvent combinés avec des activités de commercialisation et éventuellement de l’assistance technique. C'est ce mode de financement qui a notamment dominé dans les filières de développement intégré avec le coton en Afrique et le café en Amérique Latine.
    L'une ou l'autre des approches présentent des avantages et des inconvénients respectifs et une voie pour améliorer l'accès aux financements ruraux consiste à stimuler les interactions entre acteurs du secteur financier et ceux des filières pour combiner leurs avantages comparatifs.

    Ces alliances peuvent prendre des formes diverses :

  • alliances qui se focalisent sur l’une des étapes de la filière (partenariats entre IMF et organisations de stockage, partenariats entre IMF et entreprises d’export),

    La CECO en Côte d'Ivoire : exemple de contrat pluripartite IMF/producteurs/fournisseurs d'intrants/acheteurs

    La Caisse d’Epargne et de Crédit (CECO) de Côte d’ivoire, est une IMF créée en 1991 et qui compte un peu plus de 5000 sociétaires. Afin de limiter ses risques tout en garantissant aux producteurs de riz irrigué et de noix de cajou, l’accès aux intrants et à un marché stable, la CECO, sur la base de l’identification des filières agricoles rentables, sélectionne les partenaires qui vont contribuer au système et lui apporter sa crédibilité (fournisseurs d’intrants, prestataires de services, transformateurs, etc.). La ligne de crédit n’est pas versée directement à l’emprunteur mais les services rendus et l’accès aux intrants sont directement facturés à la CECO qui sera remboursée au moment de la vente de la récolte

    Pour en savoir plus.

  • D’autres tentent d’intervenir sur l’ensemble de la chaîne : production et vente

    Modèle intégré : business model de Danone au Bangladesh

    Le projet Grameen Danone Foods Ltd. au Bangladesh est fondé sur un partenariat entre la Grameen Bank et le groupe Danone. L’objectif est de permettre la production, la distribution et la consommation locales d’un yaourt, le groupe Danone assurant la construction de l’usine et la production du yaourt.

    Dans ce dispositif, en facilitant l’accès à des mécanismes financiers, l’institution de microfinance (Grameen Bank) intervient à un double niveau :

    • en amont de la chaîne: auprès des producteurs de lait qui approvisionnent l’usine, ce qui garantit la stabilité du marché à Danone
    • En aval de la chaîne: auprès des femmes chargées de la distribution (vente au détail), création d’une nouvelle niche commerciale

    Pour en savoir plus.

  • Le cas spécifique des filières du commerce équitable

    Recherche d'alliance entre organisations de producteurs, importateurs et institutions de microfinance : la réflexion de Cerise/Agrofine

    Les filières de commerce équitable offrent aux producteurs non seulement des débouchés « viables » c’est-à-dire l’achat de leur production à des prix leur permettant de couvrir les frais de production (investissements, main d’œuvre, etc) et prévisibles mais elles apportent également une assistance financière sous forme de préfinancement. Cependant, ce préfinancement ne répond pas pleinement aux besoins financiers de la filière : volumes insuffisants, risques et formes de garanties insuffisantes, problèmes de gestion au niveau des organisations de producteurs agricoles.

    Une alliance avec le secteur de la microfinance, peut dans ce cadre apporter des garanties de bonne gestion aux importateurs de la filière et permettre de diversifier les sources de financement, notamment de financer les besoins non couverts par la filière commerce équitable.

    Pour en savoir plus.


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    • Restructurer les banques de développement sur la base de partenariats public-privé
    A l’heure actuelle, les banques de développement reviennent sur le devant de la scène : les IMF ne peuvent pas à elles seules fournir l’ensemble des services financiers ruraux. On note ainsi un infléchissement pour une « réhabilitation » des banques agricoles publiques qui peuvent, avec une forme de privatisation, créer des partenariats publics – privés (« public private institution ») qui répondent aux besoins de la finance rurale et agricole. L’exemple de Banrural au Guatemala est cité comme une banque publique défaillante transformée avec succès, fonctionnant aujourd’hui avec un modèle de gouvernance innovant (contrôle par des actionnaires privés diversifiés – organisations de producteurs, ONG, PME, public, employés - le secteur public ne contrôlant plus que 30% des actifs).

    • Stimuler les partenariats entre Banques commerciales et institutions de microfinance
    Les banques commerciales peuvent refinancer et appuyer les IMF qui interviennent en zones rurales en s’entourant d’un réseau d’acteurs qui crée des synergies rassurant sur la solidité des IMF. Ce réseau se fonde alors sur un partenariat à long terme (IMF, banque commerciale, bailleur, assistance technique, etc.) et une proximité géographique : ce sont les filiales dans les pays qui refinancent les IMF.

    L’expérience de la BICIGUI (BNP Paribas) en Guinée Konakry

    La BICIGUI a adopté, depuis 2001, deux partenariats réussis en microfinance à travers une intervention directe (PRIDE Finances), et à travers une intervention en refinancement des besoins (CRG).

    Pour la banque, c'est l'occasion de développer les emplois sur une contrepartie de qualité, et d’autre part, de favoriser le développement de mécanismes financiers en direction du secteur informel qui se traduira à terme par une nouvelle clientèle pour le secteur formel.

    Le partenariat avec le CRG, se fonde sur une longue collaboration (depuis le projet en 1989 lors de sa création) et dépasse la simple relation de clientèle : conseil en informatique, en logistique, etc. L'accès à la ligne de refinancement de la BICIGUI permet au CRG un allègement de la trésorerie, des disponibilités de ressources pour l’octroi de crédits et une meilleure croissance des produits financiers. Parallèlement, ce partenariat consolide son image vis à vis de la clientèle et du système bancaire.

    Le partenariat avec PRIDE Finances se fonde sur un protocole d’accord sur le financement conjoint de microprojets des clients du PRIDE dont les demandes dépassent les seuils de crédits habituellement accordés par le PRIDE. Ce partenariat se traduira à terme par une nouvelle clientèle (formelle) pour la banque lorsque le développement des activités et le niveau des besoins vont dépasser le cadre actuel.

    Pour en savoir plus.

    • La construction d'alliances entre IMF de petite taille
    Des études ont montré que la rentabilité des réseaux ruraux dépend largement des volumes (cf. coup de projecteur, septembre 2007 ). La taille d’un réseau, la taille de chaque caisse et la taille de chaque crédit sont déterminantes pour le niveau de rentabilité. L’atteinte d’une masse critique est indispensable non seulement pour chaque réseau, mais aussi pour le bon fonctionnement de chaque caisse.

    Pour atteindre la taille critique, la question se pose d’une structure faîtière non dédiée à une IMF particulière et proposant ses services à la carte à plusieurs clients. Ce choix de diversité implique un risque pour l’IMF qui y a recours puisque la structure faîtière risque d’évoluer vers des créneaux plus rentables et se transformer en banque classique.

    Cette question emmène à une réflexion à conduire sur la constitution d’alliances entre réseaux d’institutions de microfinance régionales, intervenant à la fois en milieu rural dans une optique principale de prêteur et en milieu urbain comme collecteur d’épargne, soulignant de fait la difficulté à la fois de l’autonomie et même de la viabilité et de l’équilibre d’une intervention en milieu rural.

    La mise en commun de moyens entre IMF de petite taille est d'autant plus nécessaire si elles veulent pouvoir bénéficier de l'apport des nouvelles technologies. Voir la Focus Note n°46 du CGAP pour plus d'informations sur les apports des nouvelles technologies en microfinance.
    L’enjeu des nouvelles technologies porte à la fois sur les moyens de développer de nouveaux produits ou services (virements nationaux ou internationaux) et sur la possibilité d’améliorer la gestion des IMF (renforcer les outils et le contrôle interne) et baisser leur coûts (services bancaires à distance), et donc leur permettre de toucher des zones rurales jusque là délaissées.
    Ces solutions technologiques (ex. microfinance par téléphonie mobile) ont un coût d'investissement élevé qu'une IMF rurale de petite taille ne peut généralement pas supporter seule.

    • L'approfondissement des stratégies d'alliance entre organisations de producteurs/IMF

    Parmi les stratégies d’accès aux services financiers des organisations de producteurs agricoles (internalisation du service de crédit, création d'une institution financière fille, ou construction de partenariat avec une institution financière existante), la stratégie d’alliance avec une institution de microfinance est la voie privilégiée par les organisations professionnelles agricoles en Afrique, à Madagascar et en Amérique latine, même si dans la pratique, l'interaction entre OPA et IMF s'avère difficile.

    Dans ce contexte, le renforcement des partenariats entre les organisations professionnelles agricoles et les institutions financières et notamment les institutions de microfinance constitue un enjeu majeur pour le financement de l’agriculture.

    Dans cette optique, un guide conçu pour être un outil d’appui au renforcement du partenariat entre organisations de producteurs agricoles et ruraux et institutions financières est en cours de finalisation par les membres de Cerise avec le soutien financier de la Fondation Farm.

    Ce guide repose sur trois hypothèses (extrait de Cerise, 2008):

    • le partenariat entre OP et IF peut contribuer, par de nouvelles formes de coordination, à améliorer le financement de l’agriculture
    • ces deux types d’organisations étant aujourd’hui le plus souvent très éloignées l’une de l’autre, le partenariat n’est pas spontané, mais doit être construit
    • la consolidation des connaissances et des compétences des deux types d’organisations, peut aider à construire ce partenariat

    Il a pour objectifs de :

    • renforcer la capacité des OP et des IF à analyser les besoins et contraintes de financement des OP et de leurs producteurs
    • renforcer les capacités des OP à choisir un mode d’accès aux services financiers efficace et viable
    • donner aux OP et aux IF des outils pour construire un partenariat et renforcer l’accès des OP aux services financiers


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