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Kiva.org, MicroPlace.com, le boom du microcrédit en ligne

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Faut-il se réjouir du succès des sites de prêt en ligne aux microentrepreneurs ?

Aujourd’hui chacun d’entre nous peut faire du microcrédit avec un ordinateur et une connexion internet. C’est ce que vantent les sites permettant aux particuliers de consentir de petits crédits à des entrepreneurs des pays en développement, en offrant des interfaces très attractives à tous ceux qui se sentent la fibre d’un « investisseur social ». Kiva.org et MicroPlace sont deux des principaux exemples de ces « plateformes de levée de fonds », mais ils ne fonctionnent pas de la même façon. Dans tous les cas cependant, la relation prêteur/entrepreneur n’est jamais directe. L’infrastructure développée entre les deux est importante. Qui sont les intermédiaires ? Comment l’argent est-il mobilisé et où va-t-il ? Aperçu rapide de ce système qui fait des émules.

Kiva

Sur Kiva les particuliers peuvent aider une personne de leur choix parmi de petits entrepreneurs dont le profil est posté sur le site. L'aide est concrète et matérialisée : un nom, un visage, un projet à soutenir et un suivi.

Concrètement, comment ça marche ?

Kiva propose un certain nombre de projets à soutenir. Chaque projet fait l’objet d’une fiche détaillant les caractéristiques de l’activité et le montant demandé et présentant le porteur de projet, dont la photo figure sur le site. Une fois choisi le projet qu’il souhaite aider, le « micro-investisseur » s’inscrit sur la plateforme et indique le montant du prêt qu’il veut octroyer (qui ne représente généralement qu’une partie du montant de crédit demandé). A partir de ce moment, il fait partie de la « communauté de prêteurs » soutenant ce projet et reçoit environ tous les deux mois des nouvelles sur l'avancement du projet et du remboursement.

Le versement se fait par carte de crédit via PayPal. Le montant minimum est de 25 dollars, sachant que Kiva invite les prêteurs à verser un peu plus (10 %) que le montant pour lequel ils se sont engagés en financement des frais de fonctionnement de Kiva. L’organisme ne ponctionne pas les montants des prêts octroyés pour couvrir ses coûts. Les prêteurs ne gagnent pas d’intérêts sur leur prêt. En avril 2008, ces prêts concernent 88 IMF de 42 pays.

Le microentrepreneur bénéficiaire du prêt rembourse sous la forme de mensualités qui sont réparties entre les membres de sa communauté de prêteurs, en fonction de l'apport de chacun. Ces derniers ne peuvent pas disposer de cet argent avant le remboursement complet de l'emprunt.

Qui sont les intermédiaires ?

Kiva fonctionne avec un réseau de partenaires (67 dans 40 pays) qui ne sont autres que des IMF. L’organisme fournit aux IMF des prêts sans intérêt en échange de la publication sur Internet d’informations transparentes sur l’impact pour le client. Les IMF utilisent cet argent pour prêter aux clients au taux en vigueur et conservent le produit des intérêts. Les pertes éventuelles dues au défaut de paiement du client sont supportées par l’investisseur.

Pour devenir partenaire de Kiva, une IMF doit au minimum :

  • Offrir des services de microfinance à au moins 1 000 emprunteurs actifs
  • Avoir une expérience de crédit aux populations pauvres ou vulnérables (dans un but de réduction de la pauvreté) d’au moins 2 à 3 ans
  • Etre enregistrée en tant qu’entité légale dans son pays d’activité
  • Pouvoir présenter des états financiers audités (au moins pour un exercice)
  • De préférence avoir son profil sur le MIX Market

Avec quelles ressources le système fonctionne-t-il ?

Kiva bénéficie de l’appui d’un certain nombre de partenaires techniques, parmi lesquels Google, Yahoo ou YouTube qui assurent une dynamique marketing de haut niveau sur le web, Paypal qui offre technologie, recherche et ressources humaines et surtout traite les paiements sans coût pour Kiva, ou encore Microsoft qui a financé la partie recherche et développement de l’application du système chez les partenaires locaux de Kiva.

Outre cet appui technique et commercial, Kiva bénéficie de subventions et de sponsoring de la part de partenaires institutionnels de poids tels que les fondations Clinton, Kellog, Rockefeller ou encore le MIX et Microcredit Summit Campaign du côté microfinance.

Enfin un certain nombre de donateurs financent le fonctionnement et l’expansion de Kiva par des dons en leur nom personnel. Dix noms de donateurs majeurs figurent ainsi sur le site de Kiva.


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MicroPlace

Le système proposé par MicroPlace.com est assez différent de celui de Kiva. Pour commencer, le statut n’est pas le même. Kiva est une ONG à but non lucratif tandis que MicroPlace, filiale d’EBay, est un courtier soumis à la réglementation de la Commission des opérations boursières américaine. Contrairement à Kiva, MicroPlace ne permet pas aux internautes de choisir directement les projets qu'ils désirent soutenir. Le système proposé revient plutôt à choisir une IMF, via un placement auprès d’une fondation. Autre différence, majeure : les investissements rapportent des intérêts. En avril 2008, MicroPlace offre 34 investissements dans des IMF de 22 pays.

Comment ça marche ?

L’internaute choisit une région du monde, puis un pays, et se voit proposer des investissements dans ce pays. Les différents placements sont proposés par des fondations spécialisées, en lien avec des IMF. Les conditions de l’investissement, dont le taux d’intérêt, sont spécifiées. Par exemple, si l’internaute choisit d’investir en Equateur, il a le choix entre trois placements :

  • Le 1er est proposé par la Fondation Calvert en lien avec l’IMF D-MIRO (3 % par an)
  • Le 2ème par la Fondation Calvert en lien avec l’IMF Banco Solidario (même taux)
  • Le 3ème par Oikocredit en lien avec l’IMF Fundación Espoir (1,5 %/an)

L’internaute choisit l’investissement et indique le montant qu'il souhaite investir, le minimum étant de 100 dollars. Le transfert se fait soit au travers d'un compte bancaire, soit par Paypal. L’internaute ne paie pas de frais annexes. Une fois l’argent placé dans l’instrument choisi, les fonds sont utilisés par la fondation pour investir dans l’IMF locale qui, elle, prête l'argent aux particuliers ou aux entrepreneurs. Ce sont les fondations qui sont responsables du remboursement du principal et des intérêts à l’internaute prêteur.

Les intermédiaires sont donc plus nombreux dans ce schéma. MicroPlace est davantage un marché de titres. Pour financer le fonctionnement, MicroPlace prélève 1 % sur les remboursements d’intérêts. L’intégralité de l’investissement va à l’émetteur du placement. A noter que MicroPlace ne peut être utilisé que par les personnes vivant aux Etats-Unis.

Attention aux risques : croissance, risque de change et viabilité

En deux ans, Kiva a octroyé des microprêts pour un montant total de 25 millions $US. Au taux de croissance actuel, la plateforme lève 1 million $US tous les 12 jours. De même, MicroPlace a mobilisé plus d’un demi-million de dollars d’investissements dans les trois premiers mois de son lancement.

Les projections à 5 ans de Kiva prévoient d'atteindre plus de 130 millions $US de prêts. Mais cette forte croissance ne va pas sans risque. Parmi les premiers retours d’expérience, un utilisateur attire l’attention sur le fait que cette croissance sera lourde administrativement parlant « pour les organismes locaux qui pour certains d'entre eux soutiennent plus de 1 000 crédits pour lesquelles ils doivent donner des nouvelles régulièrement ». L'infrastructure de télécommunication dans ces pays rend souvent la tâche longue et compliquée. En conséquence, Kiva a décidé de changer le mode de transmission de l'information et de ne plus communiquer que dans les cas où l'emprunteur a manqué un remboursement. D’après cet utilisateur, de nombreux organismes ont cependant négligé les rapports de remboursement ces derniers temps ce qui laisse supposer soit que les remboursements sont d’une régularité exemplaire, soit que de mauvaises surprises pourraient bien apparaître durant ces prochains mois.

Kiva cherche les moyens d’améliorer l’intégration de sa plate-forme technologique et des systèmes d’information de gestion des IMF pour réduire la charge supplémentaire de reporting pour les institutions.

Comme pour toute activité de microfinance, la question du risque de change se pose. Certains experts s’inquiètent de l’impact de prêts à court terme en monnaie forte sur le bilan des IMF. MicroPlace ne régule pas le risque de change auquel sont exposées les IMF recevant un prêt en dollars. Calvert s’est penché sur le problème et cherche à offrir des produits permettant un prêt en monnaie locale.

Dans le secteur, des critiques s’interrogent sur la viabilité de tels systèmes de microcrédit en ligne et sur leur impact sur l’intérêt des IMF à développer les marchés des capitaux locaux et la mobilisation de l’épargne. Qui plus est, les prêts sans intérêt aux IMF partenaires de Kiva constituent une distorsion de marché. Pour s’assurer que le financement de ces IMF ne repose pas trop fortement sur les prêts de Kiva, ceux-ci sont actuellement limités à 30% du portefeuille de crédits brut des institutions.

Reste à connaître, lorsque le recul le permettra, le point de vue des principaux protagonistes et bénéficiaires de ces dispositifs, à commencer par les IMF destinataires des financements.

Ce coup de projecteur a été réalisé à partir des sources suivantes :


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